NIGERIA • L’argent restitué par la Suisse a-t-il été pillé ?
“Piller à nouveau l’argent volé par un homme mort est certainement un acte diabolique et un péché contre le Saint-Esprit.” Cette phrase n’est pas extraite des Saintes Ecritures mais d’une opinion signée par le chroniqueur Josef Omorotionmwan dans le quotidien nigérian This Day. Sa réflexion porte sur le traitement réservé aux fonds que le défunt général nigérian Sani Abacha, à la tête d’une dictature entre 1993 et 1998, avait détourné et caché hors de son pays. Sur les quelque 2 milliards de dollars qu’il aurait placés sur des comptes à l’étranger, un tiers a été retrouvé dans des banques suisses. Les autorités suisses se sont engagées à rendre au Nigeria cet argent en échange d’un contrôle rigoureux de son utilisation. Les premiers versements ont eu lieu en 2005, et 700 millions de dollars au total ont été restitués au Nigeria pour financer divers projets.
Chargée d’examiner la manière dont cet argent a été dépensé, la Banque mondiale a exprimé sa satisfaction dans un document publié en décembre 2006. Elle a annoncé que le Nigeria avait utilisé cet argent pour accélérer son développement. “Sur les 51 projets, 23 ont été déclarés achevés, 26 sont en cours de réalisation et 2 sont présentés comme interrompus”, a précisé l’institution dans un communiqué.
Ce bilan est loin de satisfaire Josef Omorotionmwan, qui parle d’une “grande hypocrisie dans cette affaire de restitution d’argent”. Il reprend notamment les accusations lancées par l’ONG Déclaration de Berne, qui dénonce le gaspillage des fonds Abacha. Des jeux d’écritures comptables auraient ainsi entraîné la dilution de cet argent, qui s’est perdu dans les caisses de l’Etat sans véritablement profiter à la population. Et de nombreuses voix s’élèvent pour demander une expertise indépendante. “Si le pillage de l’argent du pays était une très mauvaise action, le fait de piller de nouveau les fonds restitués constitue un accroc de taille dans notre guerre contre la corruption”, explique Josef Omorotionmwan, qui qualifie les auteurs de ces nouveaux détournements de “voleurs récidivistes”.

