Dialogue sur l’Europe et le reste avec un UDC

Article publié par Yvan Rochat, le 26 janvier 2009

A la veille de la votation du 8 février sur les accords bilatéraux, l’UDC nous inflige son bestiaire politique dont l’objectif est la propagande et non le dialogue.

Pour ma part je suis adepte du deuxième y compris avec l’UDC, au-delà de la civilité de l’échange, il nous révèle ainsi les confusions, approximations et stéréotypes de l’axe du "Nein".

Je vous mets donc ci-dessous l’échange que j’ai eu avec Stéphane Valente de l’UDC. Le point de départ l’Europe mais bien vite l’histoire, la sémantique et pour finir la Lybie s’en mêleront …

Tout commence donc par ce billet de Stéphane Valente …

 

22.10.2008
Merveilleuse Europe… comme tout est plus simple…
Bonjour à toutes et à tous,
comme vous le savez sans la moindre ambiguïté possible, je suis un eurosceptique convaincu.
Pas sur l’idée d’une grande Europe… non… l’idée est séduisante… mais sur le fonctionnement de cette dernière entièrement dépendante et construite sur des schémas centralistes qui démontrent son incapacité à fonctionner correctement.
Sauf lorsqu’il s’agit de sauver quelques riches actionnaires :o)
D’ailleurs l’idée relayée dans le GHI, appelant à une Europe s’inspirant du fédéralisme helvétique fait son chemin dans les esprits de nos voisins directs.
Ah… une Europe fédérale… quel doux rêve…
Pour vous en convaincre, en démontrant l’absurdité totale du fonctionnement européen actuel… je vous invite à lire cet article relayé par l’AFP :
Après on va venir nous dire que tout serait plus simple si nous, Suisses, nous adhérons à cet espace ?????
Z’êtes sûrs ?
Permettez moi, chers pro européens convaincus, d’en douter… à la vue de ce qui précède, je me dis juste que l’Europe de Bruxelles, c’est juste une grande plaisanterie… parce que franchement, imaginons que cette pauvre personne n’a pas pu faire sécher son linge durant 20 ans… et qu’il aura fallu l’intervention des DROIT ZUMAINS pour venir à bout de cette tragique affaire :o)
20 piges pour une histoire de linge propre… et encore ce n’est pas fini…
PTDR :o)
Avec l’Europe, tout est plus simple… yaka voir !
Aller VIVE L’EUROPE !
Houra, Houra !
Constitution Européenne ;
Article 2′619, alinéa 3475, lettre Z.546 :
-"Tout Maltai à le droit de suspendre son linge propre sur un fil…" Perso je trouve que ça le fait bien comme jurisprudence… :o)
Juste n’importe quoi…
 Bonjour Monsieur Valente,

Votre démonstration aurait gagné en valeur en utilisant un autre exemple. La méfiance à l’égard de la construction de l’Union européenne repose sur des valeurs parfaitement respectables tout comme l’adhésion à ce processus. Pour ma part je me situe dans ce champ-là sans pour autant renoncer à une analyse critique de son développement.
Pour en revenir à votre billet et à la lecture de l’article qui l’a inspiré permettez-moi les remarques suivantes:
1. Nous sommes clairement dans une histoire imbécile de voisins incapables de s’entendre et il est dommage que la justice maltaise (et non un supermachin européen) n’ait pas pu à l’origine enclencher un processus de conciliation entre les parties.
2. Le recours à la cours européenne ne pose pas sur la question de qui à le droit de faire sécher son linge mais sur la collusion supposée entre un juge et des avocats. Avouez quand même que ce type de problème fait partie de ce qu’on appelle les droits de l’homme et le bon fonctionnement de l’état de droit.
3. Enfin, Monsieur Valente, la Cours européenne basée sur la Convention européenne des droits de l’homme, toutes deux instruments du Conseil de l’Europe, n’ont strictement rien à voir avec l’Union européenne dont vous vous déclarer sceptique. L’une, l’UE, est à 27 sans la Suisse par exemple, ni la Russie, ni la Turquie alors que l’autre, le Conseil de l’Europe, a 47 membres avec les trois états précités et bien d’autres encore.
La différence entre les deux porte essentiellement sur le fait que le CE à pour mission d’œuvrer en faveur de la construction européenne, par le biais des normes juridiques dans les domaines de la protection des droits de l’homme, du renforcement de la démocratie et de la prééminence du droit en Europe." Quant à l’UE, elle a démarré sur les questions économiques en 57 et continue dans ce domaine de prédilection même si elle tente laborieusement de développer un modèle de prise de décision politique commune en matière de défense et de politique étrangère, à suivre …

Bref, le linge sale maltais n’est tout simplement pas une affaire du supermachin que l’UE tente d’imposer à ses états membres mais bel et bien une pathétique histoire de voisins maltais avec en sus des soupçons de collusion entre juge et partie et donc de violation des droits de l’homme.

Excellente journée.

 
Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Yvan,

tout d’abord merci pour votre longue réponse, très bien argumentée, qui cadre avec ma conception.
C’est l’Europe de Bruxelles telle que pensée et gérée actuellement qui me pose problème.
Surtout que pour nous Suisses, notre mode de vie, nos ancêtres se sont justement débarrassés de la tutelle de juges étrangers. de nombreuses vies ont été sacrifiées pour nous offrir l’indépendance qui est la nôtre actuellement.
J’aurai pu prendre un autre exemple, il est vrai… notamment les agriculteurs… qui subissent de plein fouet les diktats de Bruxelles, les salaires européens, les pêcheurs, et j’en passe.
Les dysfonctionnements de l’Europe de Bruxelles sont tellement nombreux, qu’il est relativement facile de démontrer A+B son incapacité à répondre aux attentes légitimes des Européens.
Mais j’avoue que l’article de l’AFP d’hier, m’aura fait hurler de rire…
Bien à vous et merci pour votre message Yvan,
Stéphane

Ecrit par : Stéphane | 23.10.2008
Bonjour,
(…)si la critique de l’UE pose un certain nombre de questions d’ordre politique et économique parfaitement légitimes, celle par contre visant la CEDH signifie que l’on s’attaque à un des fondements de notre culture européenne, pour lequel nombre de nos ancêtres sont également morts, les droits de l’homme.
Cette Europe-là, dont la Suisse fait partie, peut tirer un légitime orgueil de la CEDH qui perpétue en fait le principe réalisé en tant que loi pour la première fois dans l’Angleterre du XVIIème siècle, celui de l’habeas corpus, c’est-à-dire la prévention contre les arrestations arbitraires (pour plus d’infos Wikipédia fera l’affaire). Cela se passait en 1679 en Angleterre, cent ans plus tard en Suisse, à Glaris, on arrêtait, torturait puis exécutait une femme pour sorcellerie, Anna Göldin, réhabilitée par le Grand Conseil de ce canton en 2007!
Dès lors, s’il n’est certes pas inutile comme vous le faites de rappeler que ce que nous avons aujourd’hui nous le devons en partie aux vies sacrifiées d’hier il n’en reste pas moins que nos ancêtres, hommes et femmes de leur temps, ont également été porteurs de l’arbitraire et de l’injustice et c’est aussi à nos ancêtres européens et pas seulement suisses que nous devons ce que nous sommes.
Alors oui, on peut dire et cela sans ironie, Merveilleuse Europe, celle plus bureaucratique de Bruxelles ou celle plus romantique de l’Atlantique à l’Oural? finalement peut importe, cela prendra du temps mais les citoyens, d’essais en erreurs et d’erreurs en essais, trancheront un jour, puissent-ils seulement le faire autrement que les Suisses qui en 1847 n’ont pu résoudre leur antagonisme qu’avec une guerre civile.
Quant à la tutelle des juges étrangers, il y a l’image d’Epinal, le pacte de 1291 tel qu’il nous fut enseigné à l’école, et l’histoire qui nous montre par exemple comment après avoir luttés contre les autrichiens, nos fières Waldstätten ont fait appel à l’Empire d’Autriche en 1847. A cet égard, je vous invite à vous plonger dans la monumentale "Nouvelle histoire de la Suisse et des Suisses" aux éditions Payot et à découvrir à quel point notre histoire est une histoire européenne, bourguignonne, habsbourgeoise, savoyarde, alpine, citadine, protestante, catholique, révolutionnaire, conservatrice … bref une vraie histoire complexe comme d’ailleurs celle de nos voisins proches ou lointains.
De l’Europe certes nous pouvons parler des pressions qu’elle exerce sur les paysans (ses derniers vivraient-ils mieux sans l’Europe de Bruxelles, à voir, d’ailleurs le modèle alternatif que propose l’UDC conduirait également à des désastres en particulier pour la petite paysannerie et nous nous retrouverions avec une situation proche de celle des Etats-Unis). On peut se demander aussi pourquoi s’agissant des ouvriers de la sidérurgie ou des mineurs de fond personne ne fit le reproche à l’Europe de les avoir "liquidés", y aurait-il des bons travailleurs, les paysans, et des moins bons travailleurs, les ouvriers?

Ecrit par : Yvan | 26.10.2008
Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Yvan,

juste un détail… les accords bilatéraux nous les devons en grande partie à l’UDC.

Juste cette précision me paraissait importante à être rappelée.

Ensuite, UDC suis-je, l’UDC n’est pas contre l’Europe en elle même, elle est contre son fonctionnement centraliste actuel.

Alors avec un peu d’introspection sur le fonctionnement européen actuel, vous en arriveriez assez vite à la conclusion que ce système n’est pas viable.

De plus en plus d’Européens le disent, le seul système qui pourrait faire avancer l’Europe c’est le fédéralisme helvétique.

D’ailleurs à voir le soutien que nous apporte l’Europe dans l’affaire des deux otages Suisses à Tripoli, elle démontre surtout son incapacité à opposé un seul et même discours… et question appui… ils repasseront.

Non l’Europe n’est pas un modèle que nous devrions suivre.

Pas dans son fonctionnement actuel.

Bien à tous deux,

Stéphane

Ecrit par : Stéphane | 26.10.2008
Bonjour,
Détail pour détail, il faut savoir rendre à César ce qui lui appartient, tirer la couverture à soi est certes de bonne guerre politicienne mais pas tout à fait correcte. Les accords bilatéraux de l’année 2000 à l’instar des autres partis suisses furent en effet soutenus par l’UDC suisse (l’UDC Genève n’avait pas publié de position) mais après moult critiques et hésitations. Quant à leurs contenus nous les devons à ceux qui les ont négociés (CF + négociateurs) pas à l’UDC.
Quant aux accords bilatéraux de 2004 l’UDC a dit non et a heureusement perdu à 56% contre 44% et 23 cantons pour.
Venons-en au fédéralisme suisse transposé à l’Europe. Je partage votre avis sur la pertinence d’une telle évolution de l’Europe (même si tout ne pourrait pas être transposée comme un copié-collé) et vous rappelle que ce courant au sein de l’Europe existe même s’il n’est pas majoritaire. Il n’en reste pas moins qu’avec le fédéralisme "à la Suisse", il y aura également des transferts et des abandons importants de souveraineté, particulièrement en politique étrangère, de la part des Etats membres. C’est ce qui c’est passé chez nous en 1847-48 et, compte tenu de l’évolution de votre parti, je ne crois pas un instant que l’UDC soit prête à abandonner une once de souveraineté à un Etat fédéral européen fut-il construit à partir de notre modèle. Dès lors je me pose vraiment la question de l’honnêté d’un tel argument venant de l’UDC car le corps doctrinal de ce parti dans ce domaine-là reste l’option "zéro abandon de souveraineté" et surtout "zéro Etat européen quel qu’il soit".
Enfin, je constate que vous êtes fort bien renseigné et savez précisément ce que l’UE fait et ne fait pas à propos de nos compatriotes retenus en Libye. Pour ma part, je ne sais rien ni de ce que font les autorités suisses ni quiconque d’autre et, à mon avis, c’est bien ainsi car je ne suis pas certains que dans ce type de négociation la place publique soit la meilleure stratégie de succès. Ceci dit vous avez raison, nous sommes en droit d’attendre des résultats positifs et que ces résultats se font bien trop attendre … pour autant je m’abstiendrai de franchir le pas du YAKA-YZONKA mais peut-être cela n’est qu’une différence de tempérament…
Meilleures salutations.

PS: Un mot encore sur l’utilisation du mot captivité dans votre campagne. Sa définition fait directement référence à la prison ou à un camp pas à une ambassade. Je suis certains que le millier de libyens qui ont subi et subissent encore la captivité (à commencer par les proches des employés ayant déposé plainte contre le fils Kadhafi) ne comparent pas leur misère à la délicate situation de nos compatriotes.

Bonjour à toutes et à tous,
Bonjour Yvan,
vous reconnaissez que nous devons nos premiers accord en partie à l’UDC… c’est déjà un pas.
Les accords de 2004 ne présentaient pas assez de sécurité sur différents points, notamment la surveillance du dumping salarial.
En 2008… nous mesurons que l’inquiétude du parti s’avère justifiée.
Ensuite, je ne suis pas libyen et le sort des Libyens est entre leur main… c’est à eux seuls de prendre en main leur destinée. Chaque peuple à le souverain qu’il mérite.
Quant à penser que nos ressortissants vivent dans des conditions admirables… je ne doute pas un instant qu’on est très bien dans une Ambassade Suisse, ils ont d’ailleurs des Changins de premières qualité que vous ne trouverez pas dans le commerce.
Quant à relativiser leur situation, rappelons qu’être à la merci d’un fou furieux capable de faire sauter des avions plein de civils… dans son pays… il y a plus confortable.
On voit bien que vous écrivez bien au chaud depuis Genève, bien à l’abri de ce même fou furieux…
Votre dernier paragraphe me fait légèrement sourire :o)
Bien à vous,
Stéphane

Ecrit par : Stéphane | 26.10.2008
Excuserez-vous mon ignorance? Changins=vins?
Sinon, ne vous méprenez pas je ne suis pas adepte du relativisme mais j’aime la précision dans les termes, elle reflète la précision de la pensée et cela n’est jamais de trop par les temps que nous vivons.
Certes, il y a plus confortable que l’ambassade de Suisse, mais la folie du dictateur de Tripoli ne date pas de cet été vous en conviendrez et la présence des Suisses sur sol Libyen non plus. Il est aisé de crier au fou quant il s’attaque à nous, il était moins facile de le faire lorsqu’auparavant on faisait affaire avec lui malgré sa folie avérée.
Quant à la chaleur genevoise, chacun la sienne, la vôtre vous rend distant de ceux qui bien avant vous dénonçaient la folie du dictateur et qui sont emprisonnés, la mienne tente de dire des choses exactes.
Permettez encore une chose, vous renvoyez le sort des Libyens à leur souveraineté, en cela vous êtes parfaitement logique. Mais pourquoi, comme vous le faite dans un autre billet, s’en prendre aux européens qui selon vous ne font rien pour aider le sort des Suisses. En effet, par analogie leur sort ne dépend-il pas de la stricte souveraineté de la Suisse?

Meilleures salutations

Ecrit par : Yvan | 26.10.2008

Et notre échange pris fin ainsi, à suivre?

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