la prochaine constitution genevoise: un-e chef-fe vite!
Article publié par Yvan Rochat, le 4 octobre 2009
La constituante travaille et visiblement fort bien vu la quantité de bâtons dans les roues que certains s’empressent de lui mettre.
Ecoutant récemment au sein de l’Association des Jeunes Magistrats Genevois, l’excellente Louise Kasser nous présenter certaines options en cours d’élaboration au sein des groupes de travail de la constituante, je dois avouer avoir été surpris en mal. Ainsi, la réformette consistant à nommer un-e président-e du Conseil d’Etat pour l’ensemble de la législature semblait faire son chemin et devrait in fine s’imposer assez facilement.
Cette volonté, ce besoin de chef est vraiment désolant et ne peut guère apporter d’amélioration.
Plus efficace? Comment cela pourrait-il être le cas puisque les décisions se prennent à la majorité des membres du gouvernement la voix de son président n’étant pas distincte de celle des autres.
Plus visible? Il n’y a qu’à voir le lamentable résultat, lors de la succession de Pascal Couchepin, du Président vaudois pour prendre la mesure de la vacuité de cet argument et le comparer au succès en 2003 de Micheline Calmy-Rey dans des circonstances analogues.
Plaidoyer pour la fluidité du pouvoir de représenter.
En Suisse la fonction représentative repose significativement sur les épaules de la présidence. Comme notre société est fragmentée en clivage sociaux, linguistiques, culturelles et économiques et que ceux-ci se transposent sur le plan politique en un nombre important de partis/familles politiques, la sagesse de nos constituants d’alors ajoutée à une pratique politique de l’ouverture permit de diluer cette représentativité afin de la rendre moins pesante pour certain, moins extraordinaire pour d’autre.
Et cela a fort bien fonctionné.
Mais désormais nous percevons la peur car nous nous sentons en crise, nous osons nous l’avouer et en faisons même l’étendard de nos programmes politiques. Ainsi l’esprit moutonnier gagne-t-il du terrain et nous incite à chercher en une personne la providence qui semble nous échapper. Quelle régression!
Pour ma part, j’aime profondément cet éclairage discontinu de celui ou celle qui incarne pour un an l’exécutif (il en va de même pour le législatif). Les invitations se multiplient, on y rencontre les boulistes, la section féminine de la gym, les jardins familiaux, le Dalaï Lama, les homologues de Schaffhouse qui ont eu la bonne idée d’honorer la commune ou le canton pour leur foire annuelle … puis on passe le relais. On retrouve ainsi plus de temps pour porter nos projets de département auprès de celles et ceux qui sont directement concernés et cela jusqu’à la prochaine fois, s’il y en a une…
Dès lors pourquoi vouloir un homme ou de femme providentiel-le, calibré-e aux discours éclectiques et aux serrages de pognes pendant 4 ans. N’est-ce pas d’autre chose dont nous avons besoin ? D’esprit indépendant, capable de comprendre le monde, d’y cerner les contours de l’intérêt général et enfin de savoir comment traduire cela en action publique ?

